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Appel à contributions / Call for Papers - No 34/2022


Féminisation linguistique ou usage féminin de la langue française dans les discours et les médias


Délai d’envoi des contributions : le 1er octobre 2022
Publication en ligne : décembre 2022



Responsable du 34e numéro :
Amos Kamsu Souoptetcha amosouop@yahoo.fr

À l’initiative du mouvement « l’égalité c’est pas sorcier ! », le débat relatif aux inégalités sexistes est au goût du jour sous l’impulsion des féministes exaspérés. La pétition que les hommes et les femmes soient belles est actualisée afin d’envisager une société plus juste pour tous les genres. Une telle revendication, qui passe par la féminisation, est au centre des préoccupations dans de nombreux champs disciplinaires : politique, économie, sociologie, histoire, droit, linguistique, sociolinguistique et didactique des langues étrangères notamment (M. Pleško, 2012).

Dans le domaine de la linguistique, la féminisation consiste à dénoncer le machisme de la langue qui tend à faire du masculin, le genre indifférencié dans le cas de l’accord entre le nom et l’adjectif, selon « la règle de proximité » devenue la règle. Au nom de ce principe entériné par l’abbé Bouhours (1675), Nicolas Beauzée (1767) et un peu plus tard par le Bon Usage de M. Grevisse (1936) etc., on peut lire cette sloganisation : « parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif » (S. Dupleix, 1651 : 696).

Mais, S. de Beauvoir (1949), R. Barthes (1977) s’insurgent contre la division Homme/Femme, contre le fait que le genre masculin soit donné comme incontournable, neutre, générique ou absolu. L’idée d’une parité linguistique demeure un sujet atemporel car au quotidien, la société et ses membres subissent une métamorphose ontologique. La féminisation de la langue est abordée dans les discours et les médias à travers des usages, des suggestions d’harmonisation et même des guides et processus d’aide à la rédaction épicène (T. Moreau, 2001), (P. Vachon-L’Heureux, et L. Guénette, 2006). L’accès aux femmes à toutes les professions et espaces exige une variation, une flexibilité de la langue et les débats sont alimentés par cette question. Dans une réflexion panoramique conduite par M-È. Arbour et al. (2014), il est présenté un état de la question au Canada et en Europe, avec un accent spécifique sur la Belgique, la Suisse et la France. Sont ainsi interpellés pour une concertation, les institutions, les organismes officiels en charge des aménagements linguistiques en Francophonie et dans les programmes de coopérations linguistiques, selon les pistes tracées par P. Bouchard et al. (1999).

Des puristes conservateurs et des voix de l’Académie Française s’élèvent contre cette tendance considérée comme une sorte de révolution sous la Coupole, même si ce positionnement ne fait pas l’unanimité parmi ses membres. Mais, peut-être serait-il enfin temps de régler cette situation-problème et d’en finir avec la féminisation linguistique car, « la féminisation […] est un phénomène incontournable et irréversible qui est là pour demeurer tant que les langues auront des genres » (L-L. Larivière, 2000: 120).

Sur fond d’humour, B. Cerquiglini (2018) soulève le problème inhérent à la détermination du substantif ministre et insiste sur la lutte sociale pour l’appropriation de la langue française. Les analyses de A-M. Houdebine (1998) montrent que l’hyper masculinisation des noms est une marginalisation du féminin qui fait obstacle à la visibilité des femmes en milieu professionnel. En 2019, l’auguste institution de Richelieu brise les glaces et se résout finalement à la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades. Elle choisit finalement d’être à l’écoute du temps, puisqu’il existe une réelle difficulté à se/les nommer dans le milieu professionnel. L’avantage des formulations non sexistes sera de permettre aux femmes de sortir d’un malaise linguistique. Au regard du déroulé supra, il appert que la quête d’une parité linguistique demeure une question centrale dans le vaste champ de la francophonie.

Le thème qu’aborde le présent numéro de la revue ANADISS est « Féminisation linguistique ou usage féminin de la langue française dans les discours et les médias ». Les propositions attendues devront traiter de l’un des aspects de cette question avec une insistance particulière sur les variantes féminines marquées, les usages individuels ou ceux des communautés communicatives et les représentations de la féminisation. Il est préférable de recueillir des données à partir des corpus médiatiques ou de tout discours qui montre comment le genre féminin affecte la langue française et ne tardera plus à vaincre le bastion de la virilité. D’autres modalités de recueil d’échantillonnage sont aussi recommandées : entrevues, sondage, observation des attitudes, méthode du locuteur masqué, théorie des prédiscours etc. Des travaux dictionnairiques, des réflexions comparatives, des études institutionnelles ou celles des Offices et organismes, des recherches sur la rédaction épicène, etc. peuvent également retenir l’attention.



CALL FOR PAPERS ANADISS 34/2022


Linguistic feminisation or female use of the French language in speeches and media

Coordinator of the 34th edition :
Amos Kamsu Souoptetcha amosouop@yahoo.fr

The debate on gender inequalities has been raging in recent years following the initiative of the Movement ‘equality is not a myth’ and under the impulsion of exasperated feminists. In order to reach for a fairer society for all genders, the updating of the petition “men and women are beautiful” is being envisaged. Such a claim, which is mediated by feminisation, is the major concern of different fields of studies, including politics, economy, sociology, history, law, linguistics, sociolinguistics and didactics of foreign languages (M. Plesko, 2012).

In the field of linguistics, feminisation consists in denouncing, against the ‘law of proximity’ which has become the rule, the linguistic ‘phallocracy’ wherebythe masculine is the default gender in noun-adjective agreement. Actually, following this principle confirmed by Abbot Bouhours (1675), Nicolas Beauzée (1767) and later on by M. Grevisse in Le Bon Usage, the slogan holds that “because the masculine gender is the noblest, it prevails alone amongst two or more feminine, even if they are closer to the adjective” (S. Dupleix, 1951:696).

However, S. De Beauvoir (1949), R. Barthes (1977) argue against the Male/Female division and the fact that the masculine gender be considered as indispensable, neutral, and generic. The idea of a linguistic parity remains timeless because our current society and its members undergo ontological metamorphoses. Language feminisation is approached in speeches and media through the different uses, suggestions of harmonisation and even guides and processes of assistance to gender neutral writing (T. Moreau, 2001), (P. Vachon-L’Heureux, and L. Guenette, 2006). The question of the necessity for variation and flexibility in language in order for women to access all professions and places is the subject of on ongoing debates. M-E. Arbour et al. (2014) present a panoramic reflection on the state of the art in Canada and in Europe with a focus on Belgium, Switzerland and France. Thus, following the paths of P. Bouchard et al. (1999), institutions and official bodies in charge of linguistic adjustments in La Francophonie and in linguistic cooperation programmes, are called upon for a consultation. Though not unanimously conceived, Conservative purists and some Voices from the French Academy speak out against this tendency, considered as a sort of revolution at the Academie Française. Nevertheless, it is time to solve this problem and to “put an end to linguistic feminisation since ‘feminisation’ (…) is an unavoidable and irreversible phenomenon which is there to stay as long as languages have genders”? (L-L. Larivière, 2000:120).

B. Cerquiglini’s (2018) humoristic approach to the problem focuses on the choice of the determiner for the noun “ministre”, and insists on the social struggle for the appropriation of the French language. A-M. Houdebine’s (1998) analysis shows that hyper-masculinisation of nouns is a marginalisation of the feminine gender, which hinders the visibility of women in the professional environment. In 2019, the French academy broke the ice and finally resolves to the feminisation of nouns related to professions, titles and ranks. It chose to listen to time, since the difficulty in naming oneself in the professional environment is real. The advantage of non-sexist formulations will be that it allows women to come out of a linguistic discomfort. The arguments above show that the quest for a linguistic parity remains a major theme in the vast field of La Francophonie.

The theme this edition of “ANADISS” addresses is “Linguistic feminization or female use of the French language in speeches and media”. The expected proposals have to deal with at least one aspect of the above theme with a focus on marked feminine variants, individual uses or those of communicative communities and representations of feminisation. It is advisable to collect data from media corpora or from any speech that shows how female gender influences the French language and will soon conquer masculine superiority. Data can also be collected via other data collection methods such as interviews, surveys, observation of attitudes, masked speaker method or pre-speech theory. Dictionary works, comparative analysis, institutional studies or research organs as well as research on gender-neutral writing may also be of interest.



Références bibliographiques

ACADÉMIE FRANÇAISE. La féminisation des noms de métiers et de fonctions, 2019, [http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf], (Consulté le 15 décembre 2021). ARBOUR, Marie-Ève, DE NAYVES, Hélène et ROYER, Ariane, « Féminisation linguistique : étude comparative de l’implantation de variantes féminines marquées au Canada et en Europe », in Langage et société n° 148, Éditions de la maison des sciences de l’homme, 2014, p.p 31-52, [https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2014-2-page-31.htm], (consulté le 27/12/2021).
ARMSTRONG, Nigel, BAUVOIS, Cécile et Kate BEECHING, éd., avec la collab. de Marielle BRUYNINCKX. La langue française au féminin : le sexe et le genre affectent-ils la variation linguistique? Paris, Montréal, L’Harmattan, 2001.
BARTHELMEBS, Hélène, De la construction des identités féminines. Regards sur la littératture francophone de 1950 à nos jours, Thèse de doctorat en langues et littératures françaises, générales et comparées, Université de Haute-Alsace, 2012.
BARTHES, Roland, Leçon : leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France prononcée le 7 janvier 1977, Paris, Le Seuil, 1978.
BOUCHARD, Pierre, GUILLOTON, Noëlle et VACHON-L'HEUREUX, Pierrette, « La féminisation linguistique au Québec : vers l'âge mûr » in La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres au Québec, en Suisse romande, en France et en Communauté française de Belgique, Français et société n° 10, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1999, p.p 6-29.
CERQUIGLINI, Bernard, Le Ministre est enceinte ou La grande querelle de la féminisation des noms, Paris, Éditions du Seuil, 2018.
DE BEAUVOIR, Simone, Le Deuxième sexe, Paris, Gallimard, 1949.
Dictionnaire féminin-masculin des professions, titres et fonctions, Genève, Métropolis, 1991.
Dupleix, Scipion, Liberté de la langue française dans sa pureté, Paris, 1651.
GREVISSE, Maurice, Le Bon Usage, 1re édition, Duculot, 1936.
HOUDEBINE-GRAVAUD, Anne-Marie (dir.), La féminisation des noms de métiers : en français et dans d’autres langues, Paris, Montréal, L’Harmattan, 1998.
LABROSSE, Céline (1996), Pour une grammaire non sexiste, Montréal : Les éditions du remue-ménage.
LARIVIÈRE, Louise-L, Pourquoi en finir avec la féminisation linguistique ou à la recherche des mots perdus, Monréal, Éditions du Boréal, 2000.
MOREAU, Thérèse, Écrire les genres : guide romand d’aide à la rédaction administrative et législative épicène, Génève, DF-SPPEgalité-CLDE, 2001.
Nouvelles Questions Féministes, Sexisme et linguistique, Vol.20, No.1, Février, Éditions Antipodes, 1999.
PLEŠKO, Martin, « La féminisation linguistique en milieu francophone », in Romanica Olomucensia n° 24/2, 2012, p.p 151-158.
VACHON-L’HEUREUX, Pierrette et GUÉNETTE, Louise, Avoir bon genre à l’écrit : Guide de rédaction épicène, Québec, Office québécois de la langue française, Les Publications du Québec, 2006.
VIENNOT, Éliane, Non le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française, Donnemarie-Dontilly, Éditions iXe, 2014.
YAGUELLO, Marina. Le Sexe des mots, Paris, Belfond, 1989.


 

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