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Appel à contributions / Call for Papers - No 33/2022


Communication multimodale et discours argumentatif
Multimodal communication and argumentative discourse


Délai d’envoi des contributions : le 7 avril 2022
Publication en ligne : juillet 2022



Responsables du 33e numéro :
Evelina-Mezalina GRAUR evelina.graur@litere.usv.ro
Nicoleta-Loredana MOROȘAN nicoletamorosan@litere.usv.ro

Communication multimodale et discours argumentatif

Traditionnellement construite et délivrée par des moyens verbaux, l’argumentation permet aux gens de prendre des décisions, leur facilitant la construction d’une compréhension commune du monde. Et pourtant, si la tradition séculaire de l’étude des textes écrits a permis aux érudits et aux rhétoriciens de mettre en place et d’affiner un inventaire de concepts et de termes propre à l’analyse des arguments en s’appuyant en priorité sur leur réalisation linguistique, vers la fin du XXe siècle une nouvelle perspective s’est frayée un chemin dans l’approche de l’argumentation. Il s’agit ainsi d’une approche qui, sans les ignorer, va au-delà des paliers syntaxique et sémantique des énoncés ou bien de la pragmatique de la communication verbale.

La communication d’aujourd’hui est souvent multimodale dans le sens où la plupart des messages sont construits à partir d’une combinaison de modes sémiotiques. Les informations qui nous parviennent et en fonction desquelles nous sommes invités à agir dans diverses circonstances de la vie sont mises à notre disposition dans une variété de médias et de formats. Il n’est donc pas du tout surprenant de découvrir que des étapes importantes ont déjà été franchies dans la proposition de théories multimodales de l’argumentation (Gilbert 1994, Birdsell & Groarke 1996, Birdsell & Groarke 2007, Ferré 2019) et que certaines revues (Semiotica, Revue de recherches en littératie médiatique multimodale, The Journal of Multimodal Rhetorics, etc) et même des volumes collectifs récents (Tseronis & Forceville 2017) montrent l’état actuel de l’analyse de l’argumentation et de la rhétorique multimodales dans divers genres médiatiques.

Ce numéro de la revue ANADISS accueille des contributions qui se proposent de faire le trait d’union entre l’étude de l’argumentation et le domaine de l’analyse de discours multimodale pour mettre en évidence autant la manière dont le sens est créé et négocié dans la communication multimodale, que la manière dont divers genres médiatiques parviennent à persuader ou à manipuler les publics, devenant ainsi source de modèles dans la construction d’arguments et l’obtention d’effets rhétoriques.


Multimodal communication and argumentative discourse

People make decisions and construct a shared understanding of the world by appealing to argumentation, traditionally crafted and delivered by verbal means. The centuries-long tradition of the study of written texts that has allowed scholars and rhetoricians to build and refine an inventory of concepts and terms for the description and analysis of arguments based on their verbal realisation makes it difficult to conceive of argumentation as involving more than the syntax and semantics of verbal utterances or the pragmatics of verbal communication.

Today’s communication, however, is highly multimodal in the sense that most messages are constructed through a combination of several semiotic modes. Moreover, the information we are confronted with and upon which we are invited to act in various circumstances is made available in a variety of media and formats. So it is not at all unexpected to discover that significant steps have already been taken in proposing multimodal theories of argumentation (Gilbert 1994, Birdsell & Groarke 1996, Birdsell & Groarke 2007, Ferré 2019) and that some journals (e.g. Semiotica, Revue de recherches en littératie médiatique multimodale, The Journal of Multimodal Rhetorics) and even recent collective volumes (e.g. Tseronis & Forceville 2017) already offer a state-of-the-art in the analysis of multimodal argumentation and rhetoric in various media genres.

ANADISS invites contributions that bridge the study of argumentation with the field of multimodal discourse analysis in order to reveal not only new ways in which meaning can be created and negociated in multimodal communication, but also how various media genres manage to persuade or manipulate audiences, how they may be responsible for any emerging patterns in the construction of arguments and the achievement of rhetorical effects.


Références bibliographiques / References

BARTHES, R. (1957). Mythologie. Seuil. Paris ; (1965). Éléments de sémiologie. Denoël/Gonthier. Paris.
BIRDSELL, D. S., & GROARKE, L. (1996). Toward a theory of visual argument. Argumentation and Advocacy, 33, 1-10.
BIRDSELL, D. S., & GROARKE, L. (2007). Outlines of a theory of visual argument. Argumentation and Advocacy, 43, 103-113.
COLLETTA, J.-M. (2000). La prise en compte de la multimodalité de la parole dans la description et analyse des conduites langagières. Communication et organisation, http://journals.openedition.org/communicationorganisation/2427
FERRÉ, G. (2019). Analyse de discours multimodale. Gestualité et prosodie en discours, UGA Éditions, Grenoble
GILBERT, M.A. (1994). Multi-modal argumentation. Philosophy of the Social Sciences, 24, 159-177 DOI: https://doi.org/10.1177/004839319402400202
TSERONIS, A. & FORCEVILLE, C. (Eds.). (2017). Multimodal Argumentation and Rhetoric in Media Genres. John Benjamins Publishing Company.
Revue de recherches en littératie médiatique multimodale, https://litmedmod.ca/r2-lmm
Semiotica https://www.degruyter.com/journal/key/semi/html
The Journal of Multimodal Rhetorics http://journalofmultimodalrhetorics.com/


 


Appel à contributions / Call for Papers - No 34/2022


Féminisation linguistique ou usage féminin de la langue française dans les discours et les médias


Délai d’envoi des contributions : le 1er octobre 2022
Publication en ligne : décembre 2022



Responsable du 34e numéro :
Amos Kamsu Souoptetcha amosouop@yahoo.fr

À l’initiative du mouvement « l’égalité c’est pas sorcier ! », le débat relatif aux inégalités sexistes est au goût du jour sous l’impulsion des féministes exaspérés. La pétition que les hommes et les femmes soient belles est actualisée afin d’envisager une société plus juste pour tous les genres. Une telle revendication, qui passe par la féminisation, est au centre des préoccupations dans de nombreux champs disciplinaires : politique, économie, sociologie, histoire, droit, linguistique, sociolinguistique et didactique des langues étrangères notamment (M. Pleško, 2012).

Dans le domaine de la linguistique, la féminisation consiste à dénoncer le machisme de la langue qui tend à faire du masculin, le genre indifférencié dans le cas de l’accord entre le nom et l’adjectif, selon « la règle de proximité » devenue la règle. Au nom de ce principe entériné par l’abbé Bouhours (1675), Nicolas Beauzée (1767) et un peu plus tard par le Bon Usage de M. Grevisse (1936) etc., on peut lire cette sloganisation : « parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif » (S. Dupleix, 1651 : 696).

Mais, S. de Beauvoir (1949), R. Barthes (1977) s’insurgent contre la division Homme/Femme, contre le fait que le genre masculin soit donné comme incontournable, neutre, générique ou absolu. L’idée d’une parité linguistique demeure un sujet atemporel car au quotidien, la société et ses membres subissent une métamorphose ontologique. La féminisation de la langue est abordée dans les discours et les médias à travers des usages, des suggestions d’harmonisation et même des guides et processus d’aide à la rédaction épicène (T. Moreau, 2001), (P. Vachon-L’Heureux, et L. Guénette, 2006). L’accès aux femmes à toutes les professions et espaces exige une variation, une flexibilité de la langue et les débats sont alimentés par cette question. Dans une réflexion panoramique conduite par M-È. Arbour et al. (2014), il est présenté un état de la question au Canada et en Europe, avec un accent spécifique sur la Belgique, la Suisse et la France. Sont ainsi interpellés pour une concertation, les institutions, les organismes officiels en charge des aménagements linguistiques en Francophonie et dans les programmes de coopérations linguistiques, selon les pistes tracées par P. Bouchard et al. (1999).

Des puristes conservateurs et des voix de l’Académie Française s’élèvent contre cette tendance considérée comme une sorte de révolution sous la Coupole, même si ce positionnement ne fait pas l’unanimité parmi ses membres. Mais, peut-être serait-il enfin temps de régler cette situation-problème et d’en finir avec la féminisation linguistique car, « la féminisation […] est un phénomène incontournable et irréversible qui est là pour demeurer tant que les langues auront des genres » (L-L. Larivière, 2000: 120).

Sur fond d’humour, B. Cerquiglini (2018) soulève le problème inhérent à la détermination du substantif ministre et insiste sur la lutte sociale pour l’appropriation de la langue française. Les analyses de A-M. Houdebine (1998) montrent que l’hyper masculinisation des noms est une marginalisation du féminin qui fait obstacle à la visibilité des femmes en milieu professionnel. En 2019, l’auguste institution de Richelieu brise les glaces et se résout finalement à la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades. Elle choisit finalement d’être à l’écoute du temps, puisqu’il existe une réelle difficulté à se/les nommer dans le milieu professionnel. L’avantage des formulations non sexistes sera de permettre aux femmes de sortir d’un malaise linguistique. Au regard du déroulé supra, il appert que la quête d’une parité linguistique demeure une question centrale dans le vaste champ de la francophonie.

Le thème qu’aborde le présent numéro de la revue ANADISS est « Féminisation linguistique ou usage féminin de la langue française dans les discours et les médias ». Les propositions attendues devront traiter de l’un des aspects de cette question avec une insistance particulière sur les variantes féminines marquées, les usages individuels ou ceux des communautés communicatives et les représentations de la féminisation. Il est préférable de recueillir des données à partir des corpus médiatiques ou de tout discours qui montre comment le genre féminin affecte la langue française et ne tardera plus à vaincre le bastion de la virilité. D’autres modalités de recueil d’échantillonnage sont aussi recommandées : entrevues, sondage, observation des attitudes, méthode du locuteur masqué, théorie des prédiscours etc. Des travaux dictionnairiques, des réflexions comparatives, des études institutionnelles ou celles des Offices et organismes, des recherches sur la rédaction épicène, etc. peuvent également retenir l’attention.


Références bibliographiques

ACADÉMIE FRANÇAISE. La féminisation des noms de métiers et de fonctions, 2019, [http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf], (Consulté le 15 décembre 2021). ARBOUR, Marie-Ève, DE NAYVES, Hélène et ROYER, Ariane, « Féminisation linguistique : étude comparative de l’implantation de variantes féminines marquées au Canada et en Europe », in Langage et société n° 148, Éditions de la maison des sciences de l’homme, 2014, p.p 31-52, [https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2014-2-page-31.htm], (consulté le 27/12/2021).
ARMSTRONG, Nigel, BAUVOIS, Cécile et Kate BEECHING, éd., avec la collab. de Marielle BRUYNINCKX. La langue française au féminin : le sexe et le genre affectent-ils la variation linguistique? Paris, Montréal, L’Harmattan, 2001.
BARTHELMEBS, Hélène, De la construction des identités féminines. Regards sur la littératture francophone de 1950 à nos jours, Thèse de doctorat en langues et littératures françaises, générales et comparées, Université de Haute-Alsace, 2012.
BARTHES, Roland, Leçon : leçon inaugurale de la chaire de sémiologie littéraire du Collège de France prononcée le 7 janvier 1977, Paris, Le Seuil, 1978.
BOUCHARD, Pierre, GUILLOTON, Noëlle et VACHON-L'HEUREUX, Pierrette, « La féminisation linguistique au Québec : vers l'âge mûr » in La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres au Québec, en Suisse romande, en France et en Communauté française de Belgique, Français et société n° 10, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1999, p.p 6-29.
CERQUIGLINI, Bernard, Le Ministre est enceinte ou La grande querelle de la féminisation des noms, Paris, Éditions du Seuil, 2018.
DE BEAUVOIR, Simone, Le Deuxième sexe, Paris, Gallimard, 1949.
Dictionnaire féminin-masculin des professions, titres et fonctions, Genève, Métropolis, 1991.
Dupleix, Scipion, Liberté de la langue française dans sa pureté, Paris, 1651.
GREVISSE, Maurice, Le Bon Usage, 1re édition, Duculot, 1936.
HOUDEBINE-GRAVAUD, Anne-Marie (dir.), La féminisation des noms de métiers : en français et dans d’autres langues, Paris, Montréal, L’Harmattan, 1998.
LABROSSE, Céline (1996), Pour une grammaire non sexiste, Montréal : Les éditions du remue-ménage.
LARIVIÈRE, Louise-L, Pourquoi en finir avec la féminisation linguistique ou à la recherche des mots perdus, Monréal, Éditions du Boréal, 2000.
MOREAU, Thérèse, Écrire les genres : guide romand d’aide à la rédaction administrative et législative épicène, Génève, DF-SPPEgalité-CLDE, 2001.
Nouvelles Questions Féministes, Sexisme et linguistique, Vol.20, No.1, Février, Éditions Antipodes, 1999.
PLEŠKO, Martin, « La féminisation linguistique en milieu francophone », in Romanica Olomucensia n° 24/2, 2012, p.p 151-158.
VACHON-L’HEUREUX, Pierrette et GUÉNETTE, Louise, Avoir bon genre à l’écrit : Guide de rédaction épicène, Québec, Office québécois de la langue française, Les Publications du Québec, 2006.
VIENNOT, Éliane, Non le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française, Donnemarie-Dontilly, Éditions iXe, 2014.
YAGUELLO, Marina. Le Sexe des mots, Paris, Belfond, 1989.


 

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